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Venterol

Café de la Poste : les faits derrière la polémique

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Depuis quelques jours, la situation du Café de la Poste suscite beaucoup de réactions. Des articles ont été publiés, les réseaux sociaux s’en sont emparés et une idée semble s’installer : la disparition de la terrasse aurait condamné le restaurant à fermer, par décision de la mairie.

Les mots sont malléables et complaisants ; les faits et les dates, beaucoup moins.

Prenons-les.

D’abord, un constat clair : ce n’est pas la mairie qui décide de fermer le Café de la Poste. Les gérants ont décidé de vendre leur fonds de commerce, mis en vente depuis plus de deux ans. Ils évoquent même, faute de repreneur, la possibilité d’une fermeture. Ce choix leur appartient. Il s’agirait là de leur décision, pas celle de la mairie. A chacun la responsabilité de ses choix.

Rien ne les oblige pourtant à fermer avant d’avoir trouvé celui ou celle qui poursuivra l’activité. Ils peuvent continuer, chercher un repreneur, examiner les solutions qui existent et établir avec la mairie un dialogue professionnel, responsable, tourné vers l’avenir du commerce.

La fermeture n’est donc pas une décision municipale. C’est une éventualité évoquée par ceux qui tiennent le restaurant. La nuance me paraît de taille.

L’immeuble qui abrite le Café de la Poste est lui-même en vente depuis déjà quelque temps (cliquez ici). Curieusement, cette situation n’a, à ma connaissance, ému personne : ni les clients, ni les journalistes, ni les commentateurs Facebook. Aucun article, aucune polémique, aucune inquiétude comparable.

Une question mérite pourtant d’être posée : pour l’avenir d’un commerce, faut-il davantage redouter la vente des murs qui l’abritent ou la perte (relative, nous allons le voir) d’une terrasse ?

Car cette terrasse a pris, ces derniers jours, des airs de condition sine qua non de l’existence du Café de la Poste.

Or, ce restaurant existe depuis un siècle et il n’a pas toujours profité d’une terrasse. L’histoire est têtue. Le restaurant a connu des concurrents (jadis, jusqu’à trois bars sur la place Sabarot), d’autres époques, d’autres gérants, d’autres clients, d’autres maires. Il a vu passer tous les hommes qui se croyaient indispensables à son existence. Il leur a tous survécu. Pourquoi perdrait-il cette faculté ?

Un projet proposé dès 2023

En 2023, les propriétaires du bâtiment aujourd’hui « mis en cause » ont missionné un architecte de Gap, M. Claude Pascal.

Le projet prévoyait non seulement de consacrer le rez-de-chaussée à l’activité du Café de la Poste, mais également d’en profiter pour pérenniser sa terrasse. Des extraits sont consultables en cliquant ici. Des logements étaient prévus à l’étage.

J’avais donné un avis favorable à ce projet.

Les gérants du restaurant l’ont refusé.

Ils en avaient tout-à-fait le droit. En France, on a encore, fort heureusement, le droit de refuser une proposition. On a même le droit de le faire sans ménagement. Mais la liberté d’un choix n’abolit ni ses conséquences ni les responsabilités qui l’accompagnent.

Ce premier projet avait été conçu pour les gérants actuels, et pour eux seuls. Par conséquent, leur refus lui ôtait toute raison d’être. Pour les propriétaires, il fallait donc revoir la copie. Ils se sont alors orientés vers la création de logements permanents. J’affirme que le dispositif public (Agence nationale de l’habitat) accompagnant le financement des travaux vient apporter la garantie de cette vocation. Nous ne parlons donc ni de location saisonnière ni de résidences secondaires fermées onze mois par an. Nous parlons de nouveaux habitants, et potentiellement de familles. Entre deux estivants de passage, quelques nouveaux Venterolais à l’année contribuent, eux aussi, à la vie de Venterol.

Pendant ce temps, la commune agissait

La commune n’a pas attendu une issue à ce désaccord pour agir en faveur de la vie commerçante. Et rapidement.

Le projet d’aménagement de la place Sabarot ayant avorté, l’effort de dynamisation s’est aussitôt porté sur la place principale. C’est dans ce contexte que dès janvier 2024, les actes allaient suivre : le 05, la salle communale dite Duplan devenait un lieu de restauration, avec Au P’tit Creux ; le 24, le conseil municipal votait le rachat du Bistrot.

Deux réalisations décisives en moins de trois semaines : je n’attends pas que les commerces ferment pour m’intéresser à leur sort et à leur essor.

Constatant que la mairie cherchait à apporter le dynamisme qu’eux envisageaient apporter, les propriétaires du bâtiment voisin au Café de la Poste ont décidé de consacrer leur projet vers une solution exclusive de deux logements permanents.

Une chronologie qui mérite d’être rappelée

Les gérants affirment n’avoir découvert les travaux qu’en octobre 2025. Soit.

Reprenons les dates.

En septembre-octobre 2023, les restaurateurs sont associés à un premier projet concernant ce bâtiment, projet qu’ils refusent.

En juin 2024, le projet est révisé et devient 100 % logements.

En février 2025, le permis du projet révisé fait l’objet d’un affichage légal sur la porte du garage existant.

En octobre 2025, les restaurateurs disent découvrir les travaux.

Bien sûr, le projet finalement retenu n’est pas celui de 2023. Mais présenter les travaux qui interviendront sur ce bâtiment comme un événement surgi sans histoire préalable, c’est retrancher du récit une part essentielle de sa chronologie et, avec elle, une part de sa vérité.

Les dates persistent.

Chacun jugera.

La terrasse terrassée

Puisqu’elle semble être devenue le personnage principal de cette histoire, accordons-lui quelques lignes.

Remontons à septembre 2020.

Nous étions en pleine crise du Covid-19. J’étais alors adjoint chargé de la vie commerçante. Les restaurants souffraient et nous cherchions des solutions là où quelques mètres carrés pouvaient encore être gagnés.

J’avais proposé que la commune réalise de petites estrades rue du Rocher, cette rue étroite, en pente et attenante au restaurant, afin d’y installer deux ou trois tables de deux couverts.

Oui : ce n’était pas la panacée, c’était une possibilité.

Les gérants l’ont refusée.

Au même moment, j’avais proposé une autre implantation, dans l’espace situé en face de la terrasse actuelle.

Six ans plus tard, les restaurateurs me l’ont demandée.

Par arrêté municipal n°18-2026 du 11 février 2026 (cliquez ici), je l’ai autorisée.

Libre à eux de l’exploiter ou non. C’est leur droit. Seulement, on ne peut renoncer à une possibilité autorisée par la mairie pour mieux reprocher à celle-ci d’avoir condamné toute solution…

Une autre piste existe encore, quelques mètres plus loin. Il s’agit des places à gauche de l’actuelle terrasse. Elle a été envisagée, y compris par les restaurateurs, mais s’est heurtée au refus de riverains.

C’est leur droit aussi.

Et c’est précisément là que se trouve le cœur du problème.

Le propriétaire du garage de gauche peut-il refuser qu’une terrasse s’installe devant son bien ?

Oui.

Les propriétaires des deux prochains garages de droite peuvent-ils, eux aussi, vouloir conserver l’accès à leurs portes et à leurs garages ?

Il paraît difficile de répondre oui au premier et non aux seconds…

Le droit de propriété possède cette qualité universelle parfois dérangeante : il vaut aussi pour celui avec lequel on est en désaccord.

La mairie a-t-elle refusé la terrasse ?

Il est prétendu que j’aurais refusé la terrasse. C’est plus commode que précis.

J’ai refusé une demande d’occupation du domaine public à un emplacement qui devait permettre l’accès aux futurs garages et ne pouvait donc être neutralisé sans l’accord des propriétaires. En revanche, je n’ai jamais opposé de refus de principe à l’existence d’une terrasse. Mon courrier du 17 octobre 2025 (cliquez ici) l’établit : j’invitais les restaurateurs à rechercher une entente avec les propriétaires et précisais que, si elle était trouvée, une nouvelle demande « ne devrait alors souffrir d’aucun refus ». Je ne fermais donc aucune porte, fût-elle celle d’un garage.

Ma position demeure inchangée.

Lorsque les travaux seront achevés et les logements occupés, peut-être leurs nouveaux habitants accepteront-ils, aux beaux jours, de stationner leurs véhicules sur le parking communal et non dans leurs garages, afin de permettre l’installation d’une terrasse. Pourquoi ne pas l’envisager ? Peut-être faudra-t-il imaginer une autre disposition. Pourquoi penser qu’aucune piste n’existe ?

Rien n’interdit d’imaginer une solution.

Toute médiation sera toujours possible en temps voulu. C’est au bon sens et à l’avenir de décider. Je pourrai toujours réunir les parties, actuelles et futures, chercher un compromis, accompagner une solution.

Je ne peux pas fabriquer le désir de s’entendre.

Il faut être au moins deux pour se quereller ; il faut aussi être au moins deux pour y mettre un terme.

Deux places en quarantaine

J’évoquerai brièvement les deux places de stationnement appelées à disparaître.

En 2021, quarante places de parking ont été créées sous la mairie, soit à deux cents mètres exactement de la place Sabarot. Trois kilomètres à pied, dit la chanson, ça use les souliers ; deux cents mètres, beaucoup moins. À Venterol, paradis des amateurs de marche, j’ai confiance dans les mollets de chacun, administrés comme touristes !

Et puis, la place Sabarot y gagnera peut-être ce qu’elle a perdu depuis trop longtemps : un peu de tenue. À voir certaines voitures s’y garer au gré de l’inspiration et du libre-arbitre, elle tient parfois moins de la place de village que du refuge automobile. Deux places en moins ne feront pas mourir Venterol ; elles pourraient même rendre à cet endroit un certain charme que le stationnement lui avait pris.

Et maintenant ?

Les faits sont simples. Seulement, le récit qui circule a besoin qu’ils ne le soient pas. Alors, pour résumer :

Un projet privé destiné au restaurant et à la pérennisation de la terrasse a existé en 2023.

D’autres implantations de terrasses ont été proposées. L’une d’elles a été autorisée en 2026. Une autre piste a été envisagée.

La commune a, dans le même temps, investi pour maintenir et développer l’activité commerciale et la restauration au cœur du village.

Les gérants du Café de la Poste ont décidé de vendre leur fonds de commerce et évoquent aujourd’hui la possibilité même d’une fermeture totale.

On peut regretter cette décision. On peut s’inquiéter de l’avenir du Café de la Poste. Je partage même cette préoccupation.

Mais rien n’est jamais fini.

Le Café de la Poste était là bien avant ses actuels gérants. Il peut perdurer bien après eux.

Vous connaissez quelqu’un d’intéressé ? Vous-même réfléchissez à un projet de reprise ? Ne manquez pas de me contacter. La porte de mon bureau vous est ouverte 7j/7.

Je ne vous promettrai aucun miracle. Je vous parlerai des lieux tels qu’ils sont, de leurs contraintes, de leurs possibilités. Et nous regarderons ce qui peut se construire ensemble.

Des pistes existent. Modestes ou insolites, elles auront le mérite de se montrer fiables et concrètes. Une terrasse autrement disposée, une entente à (re)rechercher, un usage à réinventer : tout cela se travaille toujours aisément avec celui qui veut entreprendre.

Oui : il faudra chercher, trouver et accepter une solution. C’est toujours moins spectaculaire qu’une polémique.

Mais on ne sauve pas un commerce en orchestrant sa fin pour la donner en spectacle : on le sauve en donnant à un repreneur l’envie d’écrire la suite. Encore faut-il lui vendre un avenir plutôt que lui faire commerce du malheur.

Alexandre PENIGAUT, Maire de VENTEROL